Elles sont splendides, merveilleuses, comme toujours, mais ce soir elles prennent une allure philosophique. Dans leur apparat de lumière elles dansent comme des princesses. Inaltérables et éternelles, grandioses par rapport à nous, si petits, si inconscients. Je les regarde, je les observe comme elles veillent sur nous chaque soir. Comme elles sont rayonnantes dans la nuit sombre... Et puis toujours des questions... Sans réponses. Un avion file et puis, enfin, c'est une étoile qui fend le ciel; une comète peut-être. Un v½u, vite, un v½u. Fermer les yeux. Ça y est, tout est clair maintenant, je n'ai plus qu'à contempler de nouveau ce spectacle. Rien ne me perturbe, ni le vibreur de mon portable, ni la fumée de ma cigarette qui passe devant mes pupilles. J'admire la magnificence de ces beautés qui clignotent parfois comme des lucioles. Demain, l'une d'entre elles mourra, comme chaque jour, chaque heure, chaque minute, comme ici, sur Terre. Mais quand une étoile géante viendra s'éteindre au creux de l'Univers, l'équilibre entier en sera perturbé. Comme ici, rien n'est différent.
Quand Rémi est mort, c'est mon étoile polaire à moi qui s'est éteinte, c'est un ciel nu d'un de ses habitants qui s'est offert à ma stupéfaction. Rien n'est différent de là haut, en fin de compte. Ces monstres majestueux mais statiques restent là, stoïques et impassibles à contempler la bêtise humaine, à supporter les prières de ceux qui les énoncent, à admirer l'amour et l'amitié, à contempler maladivement la guerre, l'hypocrisie et la maladie. Elles restent là, face à tout, comme des guides, comme des amis, de vrais amis je veux dire. Combien de temps seront-elles là? Une éternité... Elles étaient là quand je suis née, elles seront là quand mon souffle interrompra sa course vers la mort. Elles seront là, toujours là, à resplendir de leur douceur lactée et de leur fraicheur magique, à répondre silencieusement aux questions de la vie, à abriter nos morts que l'on regrette, à garder bien jalousement leur secret.
Qu'y a t-il là haut? De quoi parlent-elles quand la nuit tombe? Je ne sais pas, personne ne sait.
Dans mes rêves je les visite, et je pose mes deux pieds sur leur sol, j'en caresse les cratères, j'en effleure leur peau, je m'en approprie le territoire, et je les vois tous, ceux qui sont partis. Des rêves, des rêves qui nous tiennent debout. Et ces parcelles de douceur dans la brutalité de la vie me tiennent debout. Les amies de mes nuits, les confidentes qui écoutent, parfois gênées, mes confidences remplies d'amertumes, mes jours emplis d'espoir. Celles à qui je chuchote les plus belles des paroles. C'est bête, mais j'aime ça.
Aux secrets qu'elles gardent, à la vie qu'elles m'insufflent.